Le 8 mai dernier, Statistique Canada a livré d’intéressantes données linguistiques dans son Enquête nationale auprès des ménages de 2011. Selon les chiffres fournis, il y aurait, en Saskatchewan, 14 190 personnes dont la langue maternelle serait le français et 3 570 individus qui continueraient d’utiliser cette langue, le plus souvent, à la maison. C’est un véritable recul par rapport aux données du recensement de 2011. En effet, celui-ci établissait plutôt à 16 280 le nombre de résidents saskatchewannais dont la langue maternelle serait le français et à 4 295 le nombre de ceux qui continueraient de l’utiliser, le plus souvent, à la maison. Entre les deux travaux de Statistique Canada, on relève donc plus de 2 000 francophones en moins soit une diminution de près de 13%. En ce qui concerne ceux qui parlent principalement la langue de Molière chez eux, la baisse serait encore plus forte atteignant près de 17%!
Le français comme langue maternelle
Plusieurs chiffres issus de cette Enquête nationale auprès des ménages de 2011 méritent une analyse approfondie. Ainsi, on y apprend que, parmi les 1 008 760 habitants de la province, 14 190 ont pour langue maternelle le français. Si on y ajoute ceux qui ont pour langue maternelle l’anglais et le français (725), le français et une langue non officielle (495) et les deux langues officielles du Canada plus une autre langue non officielle (55), on obtient un nombre total de 15 465 personnes qui ont le français comme langue maternelle dans la province. Il faut rappeler que ce chiffre était de 36 815 personnes en 1951 et de 19 515 en 2001. L’érosion est donc continue même si on privilégie les données du recensement de 2011 à ceux de l’enquête de la même année.
Le français comme langue parlée à la maison
Si on regarde maintenant le nombre de ceux dont la langue parlée le plus souvent à la maison est le français, ces chiffres baissent considérablement. Ainsi il y aurait, en Saskatchewan, 3 570 personnes qui utiliseraient le français comme langue principale à l’intérieur de leurs domiciles. Si on y ajoute ceux qui utilisent autant le français que l’anglais (465), autant le français et une autre langue non officielle (90), ou bien encore le français, l’anglais et une autre langue non officielle (25), on arrive à la conclusion que 4 150 personnes utilisent, chez eux, le français comme principale langue d’expression. Ce chiffre est à la baisse puisqu’en 2001, il y avait encore 5 075 personnes qui affirmaient parler le français le plus souvent à la maison. En dix ans, c’est une diminution de près de 20%! Cette tendance n’a fait que s’accentuer puisqu’en 1971, plus de 15 000 personnes utilisaient principalement le français à la maison et ils étaient encore plus de 10 000 à être dans ce cas de figure en 1981. Même si les chiffres du recensement de 2011 sont, là encore, un peu moins mauvais que ceux de l’enquête de la même année, la tendance n’est toutefois pas très positive.
Le français comme langue comprise
Dans le même temps, il est intéressant de relever qu’en 2001 il y avait, en Saskatchewan, 49 355 personnes qui connaissaient le français. Cinq ans auparavant, en 1996, il y en avait presque 10 000 de moins. Cette progression de près de 25% en seulement cinq ans était remarquable. Dix ans plus tard, en 2011, il y aurait 46 570 personnes, en Saskatchewan, connaissant l’anglais et le français. De manière plus détaillée, il y aurait, à Regina, 11 285 personnes capables de soutenir une conversation en français contre 14 035 pour la ville des ponts. On relève donc un certain tassement des effectifs de francophiles alors même que, durant la même période, la population de la province s’est fortement accrue dépassant désormais le million d’habitants.
Des chiffres à relativiser
Si les chiffres de l’Enquête nationale auprès des ménages et ceux du recensement diffèrent considérablement, il est nécessaire de souligner que leurs méthodologies sont très distinctes. Alors que le recensement, obligatoire, avait eu un taux de réponses extrêmement élevé, proche de 100%, le taux de réponses pour l’enquête, fondée sur un échantillon volontaire, était de seulement 63,8% en Saskatchewan. C’est le second taux le plus bas au pays après celui de l’Île-du-Prince-Édouard. Par conséquent, les données du recensement sont beaucoup plus fiables que celles de l’enquête. Selon Jean-Pierre Corbeil, responsable du programme linguistique à Statistique Canada, plusieurs autres facteurs peuvent également expliquer en partie les différences observées. Ainsi, il rappelle que l’enquête nationale exclut les logements collectifs. Pour la Saskatchewan, ce sont environ 10 000 personnes qui ne sont pas comptabilisées pour cette raison. Sachant que la proportion de personnes âgées, susceptibles d’habiter des logements collectifs, est importante parmi les Fransaskois, on peut trouver un début de réponse. Toutefois, ce facteur n’est pas suffisant sauf à considérer qu’environ 20% de ces résidents de logements collectifs seraient de langue maternelle française, ce qui parait excessif. Par ailleurs, Jean-Pierre Corbeil souligne aussi le défi que constituent les petites communautés. Selon lui, « il y a certaines régions où le biais de non-réponse n’a pas permis de tirer de conclusion » et pour lesquelles « on ne diffuse pas d’information ». Ainsi, lors de l’enquête nationale, il y a eu environ 1 100 municipalités pour lesquelles le taux global de non-réponse était supérieur à 50%. Les données issues de ces municipalités, en général petites, n’ont donc pas pu être prises en considération. Or, en Saskatchewan, la population francophone vit souvent dans des petites communautés. Ce second facteur peut, là encore, expliquer partiellement les différences observées. Dans tous les cas, le responsable du programme linguistique à Statistique Canada consi-dère que « le recensement comporte moins de biais de non-réponse ». Par conséquent ce sont les données issues du recensement de 2011 qui doivent être privilégiées à celles de l’enquête nationale auprès des ménages.

Ce graphique à échelle logarithmique permet, visuellement, de constater que les données de l’enquête nationale sur les ménages sont systématiquement plus défavorables que celles issues du recensement de 2011. |