L’invitation de la rectrice au 5 à 7 organisé le 22 mai à l’Institut français

 


: : Arnaud DECROIX – Regina : :


Après bien des hésitations, c’est finalement mardi 14 mai qu’ont été envoyées officiellement les premières invitations pour une rencontre, le 22 mai, avec la rectrice à la Rotonde de l’Institut français. L’invitation précise que Vianne Timmons invite, au nom de l’Université de Regina, « à un 5 à 7 spécial au cours duquel [elle présentera] et [commentera] les recommandations du Groupe de travail de la rectrice sur l’avenir de l’Institut français ». La rectrice ajoute aussi que cet évènement constitue « une étape clé de l’éducation en français à l’Université de Regina ».

Comme nous le rapportions dans l’édition de l’eau vive, du 18 avril dernier, cela faisait déjà plus d’un mois que la date du 22 mai avait été unilatéralement retenue par l’Université pour organiser cet évènement public. Lors de la dernière table des élus, qui s’est tenue le 13 avril à Saskatoon, la présidente de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Françoise Sigur-Cloutier, avait estimé « un peu contrariant de fixer une date sans consultation ».

Parmi les membres de la communauté fransaskoise qui avaient participé au Groupe de travail, André Moquin, en déplacement à Ottawa, et Joanne Perreault, n’ont pas retourné nos appels. Selon nos informations, ils devraient toutefois être présents pour le 5 à 7. De son côté, Wilfrid Denis, bien qu’ayant été un membre actif du Groupe de travail, n’avait, à quelques jours seulement du 5 à 7, reçu aucune invitation pour y assister! À la question de savoir s’il allait quand même participer à la rencontre, il a répondu que « c’est encore une question ouverte. Je n’ai pas l’intention de faire cinq heures de route (n.d.l.r. : Wilfrid Denis réside à Saskatoon) si je n’ai pas une indication claire de la part de l’ACF confirmant que cela vaut la peine de se déplacer ». En fin de semaine, Françoise Sigur-Cloutier nous a précisé que, « pour l’instant, nous (l’ACF) allons participer ».

Pour sa part, Graham Fraser, le commissaire aux langues officielles du Canada, a été invité à l’évènement auquel il ne pourra se rendre en raison de son agenda. Mais, des représentants du Commissariat aux langues officielles devraient toutefois faire le déplacement pour assister au 5 à 7. Il est même prévu qu’ils rencontrent, le même jour en matinée, des membres de l’Assemblée communautaire fransaskoise.

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« Les 35 recommandations du Groupe de travail
de la Rectrice sur l'avenir de l'Institut français »

Historique de l’Institut français : L’Institut français a été créé en 2003, succédant à l’ancien Institut de formation linguistique, dont l’existence remontait à 1988 en vertu de l’Entente Canada-Saskatchewan. La création de l’Institut français résulte notamment d’un partenariat entre l’Université de Regina et la communauté fransaskoise.

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Objectifs de l’Institut français : Selon le site Internet de l’Institut français, celui-ci « a pour mission de répondre aux besoins éducatifs universitaires des francophones de la Saskatchewan quelle que soit leur langue première. Il est un acteur engagé dans le développement culturel, linguistique et professionnel de la communauté fransaskoise en offrant des cours, des programmes et des services de niveau universitaire en français à l’Université de Regina. Dans ce sens, il soutient le développement de la recherche sur les enjeux propres à la francophonie en milieu minoritaire. L’Institut français offre également un environnement francophone sur le campus de l’Université de Regina ».


Rappel des faits

En décembre 2011 la direction de l’université de Regina annonce le non-renouvellement du mandat du directeur par interim de l’Institut français, Peter Dorrington. Cette décision entraîne de nombreuses protestations. L’assemblée communautaire fransaskoise (ACF) se plaint notamment de ne pas avoir été préalablement consultée. Le président de l’ACF de l’époque, Paul Heppelle, dénonce alors « l’attitude cavalière de la haute administration de l’Université de Regina qui croit pouvoir prendre des décisions importantes sans consulter la communauté fransaskoise ».

En janvier 2012, l’ancien président de l’ACF, Michel Dubé, élargit ces critiques. Dans une lettre ouverte publiée dans l’Eau vive du 12 janvier, il dénonce à son tour la situation à l’Institut français. Selon lui, l’Université de Regina manquerait à ses engagements, notamment quant à la création d’un nouveau statut académique pour l’Institut français; la mise en place d’un baccalauréat en développement communautaire; et le regroupement des trois principales entités francophones de l’université.

En réaction à ce mécontentement, le vice-recteur à l’enseignement et à la recherche de l’Université de Regina, Thomas Chase, publie, à son tour, une lettre dans l’Eau vive du 12 avril. Il s’y veut rassurant sur l’avenir des programmes en français à Regina. C’est dans ce contexte tendu qu’une page Facebook, intitulée Les amis de l’Institut français, est lancée ce même jour. À la date du 12 avril, on peut y lire un article qui soutient qu’« au cours des 24 dernières années, plus de 35 000 000 $ (montant non ajusté pour tenir compte de l’inflation) provenant du programme des langues officielles ont été investis en Saskatchewan, via l’Université de Regina… grâce aux actions de la communauté fransaskoise. C’est donc notre Institut et l’université de Regina le tient en fiducie ».

Dans le numéro de l’Eau vive du 19 avril, Les Amis de l’Institut français dénoncent les propos du vice-recteur tenus la semaine précédente dans le journal. Ils soutiennent que ces derniers « sonnent faux » et que, « dans une tentative éhontée de rallier la communauté fransaskoise à l’entreprise de démolition que l’Université de Regina a engagé contre l’Institut français, (sa) lettre ne réussit pas à nous convaincre de (sa) bonne foi et de l’engagement réel de l’Université à l’endroit de l’éducation universitaire en français ». La veille, le 18 avril, Les Amis de l’Institut français publient aussi une lettre ouverte dans le Leader Post où ils dénoncent la politique menée par l’Université de Regina. La rectrice, Vianne Timmons, leur répond le lendemain au moyen également d’une lettre dans le Leader Post.

Le 20 avril, les Amis de l’Institut français organisent une manifestation sur le campus de l’Université de Regina afin de tenter de se faire entendre de la part des instances universitaires. La mobilisation réunit environ 200 personnes, parmi lesquelles certains enfants des écoles fransaskoises, ce qui suscite un début de controverse.

De son côté, Wilfrid Denis, professeur à l’Université de la Saskatchewan, lance une pétition en ligne pour la sauvegarde de l’éducation universitaire en français en Saskatchewan. Celle-ci a été clôturée après avoir recueilli 1 030 signatures.

Les Amis de l’Institut, qui regroupent à ce jour 333 mentions « J’aime », ont cessé d’alimenter leur page Facebook le 14 novembre 2012 laissant le champ libre au Groupe de travail de la Rectrice sur l’avenir de l’Institut français. Celui-ci se met en place à l’automne alors que les discussions entre l’ACF et l’Université de Regina avaient finalement repris en juin 2012.


Le Groupe de travail de la Rectrice sur l’avenir de l’Institut français

Cette instance a été créée à l’automne 2012 afin de soumettre des recommandations à Vianne Timmons, rectrice de l’Université de Regina. Le Groupe de travail de la Rectrice sur l’avenir de l’Institut français s’est réuni à quatre reprises et a déposé son rapport final le 11 mars 2013. La conclusion de ce rapport précise : « Communiquées à l’ensemble de la communauté de manière positive, les conclusions du Groupe de travail auront permis de mieux répondre aux objectifs de l’université ainsi qu’aux besoins et aux aspirations des Fransaskois et Fransaskoises et d’assurer à l’Institut français un avenir rayonnant ». Aussi bien dans le milieu communautaire qu’universitaire beaucoup nous ont indiqué que cela faisait 25 ans (soit depuis les débuts de l’Institut de formation linguistique, ancêtre de l’Institut français) que l’on attendait de telles recommandations! Celles-ci sont ambitieuses mais témoignent aussi de l’attachement porté à cette institution.


La composition du Groupe de travail

Le Groupe de travail de la Rectrice sur l’avenir de l’Institut français a été présidé par Judith Woodsworth, professeure au Département d’études françaises de l’Université Concordia. Les autres membres étaient Luigi Benedicenti, vice-recteur associé aux affaires universitaires à l’Université de Regina; Dave Button, vice-recteur à l’administration à l’Université de Regina; Wilfrid Denis, professeur au Collège St. Thomas More de l’Université de la Saskatchewan; Thomas Hadjistavropoulos, professeur de psychologie à l’Université de Regina; André Moquin, vice-président de l’Assemblée communautaire fransaskoise; Joanne Perreault, ancienne directrice adjointe de l’Assemblée communautaire fransaskoise et Sheila Petty, directrice intérimaire de l’Institut français et doyenne de la Faculté des beaux-arts à l’Université de Regina.


La présidente du Groupe de travail

Née à Paris en 1948, Judith Woodsworth a grandi à Winnipeg et a étudié à l’Université McGill. Elle a été rectrice de l’Université Laurentienne de 2002 à 2008. À cette date, elle est devenue rectrice de l’Université Concordia. Lorsqu’elle quitte cette fonction en 2010, elle reçoit une indemnité de plus de 700 000 dollars qui suscite la controverse. Pour son travail en tant que présidente du Groupe de travail de la Rectrice sur l’avenir de l’Institut français, elle aurait reçu, à ce jour, un peu plus de 34 000 dollars. Cette somme, dont le montant nous a été confirmé par l’Université de Regina, inclurait aussi ses frais de déplacement.

Photo : Archives l'Eau vive


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