20 ans de gestion scolaire


Que faisiez-vous le 2 juin 1993? Peut-être étiez-vous à l’écoute de Radio-Canada quand le bulletin de nouvelles a annoncé que le gouvernement de la Saskatchewan amendait en cette journée la Loi sur l’éducation pour permettre aux francophones de la province de gérer leur école. Et peut-être étiez-vous l’un de ces ardents demandeurs fransaskois qui ont fêté cette journée historique.

Pour se situer, rappelons que, dès leur arrivée sur le territoire de la Saskatchewan, les gens devaient tout d’abord pourvoir aux besoins de base comme l’alimentation ou l’hébergement. Une fois un peu mieux organisés, l’éducation des enfants devenait primordiale et on s’empressait rapidement d’ériger une école dans les zones de colonisation.

Les premiers francophones de la province n’échappèrent pas à ce mouvement. De fait, la Saskatchewan a accueilli des centaines de milliers d’immigrants provenant surtout de l’Europe. On compta rapidement plus d’une soixantaine de groupes linguistiques et culturels différents. Chaque groupe essayait d’éduquer les jeunes, de transmettre la langue et la culture et aussi de maîtriser l’anglais, langue du « Dominion of Canada ».  Une vraie tour de Babel se révéla rapidement sur le terrain.

Le gouvernement de la Saskatchewan tenta à de multiples reprises de mettre de l’ordre dans l’éducation. Les francophones se débrouillèrent pour conserver l’enseignement en français. L’élection du gouvernement Anderson en 1929 et la présence du Ku Klux Klan sur le terrain compliquèrent sensiblement la situation. L’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC) s’organisa pour perpétuer l’enseignement en français, du français et de la religion avec l’équivalent d’un ministère de l’éducation en français. Dans les années 40, la régionalisation scolaire donna un nouveau coup à l’éducation en français avec le regroupement des écoles en de plus grandes institutions regroupées dans de plus grands centres. 

Finalement, un premier signe d’espoir perça avec la permission d’avoir l’enseignement de toute autre langue que l’anglais sous le premier ministre libéral Ross Tatcher. Apparurent alors les écoles désignées (Type « A » et Type « B ») et une première vague de lutte pour avoir ce type d’écoles bientôt très populaires auprès des anglophones.

Les francophones voulant avoir leurs propres écoles et gérer celles-ci, la route suivante fut celle des tribunaux en s’appuyant sur l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. Le juge Wimmer rendit une décision favorable aux francophones en 1988 en reconnaissant leur droit aux institutions scolaires distinctes. Le gouvernement de Grant Devine traînant des pieds, il fallut attendre le gouvernement Romanow pour obtenir la mise en application de la décision.

S’en suivit la création du réseau d’écoles fransaskoises pour aboutir à ce que nous connaissons aujourd’hui. Malheureusement, bien qu’on soit heureux de ce dénouement, la lutte n’est pas finie : il faut consolider le préscolaire; ouvrir le postsecondaire; réparer, agrandir, ouvrir des écoles et la ritournelle des causes devant les tribunaux continue.  Mais chapeau à toutes celles et à tous ceux qui ont tenu bon et nous ont donné l’éducation en français après des décennies d’acharnement.


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